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IA et propriété intellectuelle : ce que votre entreprise risque vraiment en France

Droits d'auteur sur les créations IA, responsabilité pour le contenu généré, usage des données d'entraînement : guide juridique pratique sur l'IA et la propriété intellectuelle en droit français.

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· 13 juin 2025 · 9 min de lecture

Un texte rédigé par ChatGPT est-il protégé par le droit d’auteur ? Peut-on breveter une invention créée avec l’aide d’une IA ? Votre entreprise est-elle responsable si un logiciel IA génère du contenu qui plagie un tiers ? Ces questions, autrefois théoriques, sont devenues des préoccupations pratiques quotidiennes pour les entreprises françaises qui utilisent l’IA générative. Voici l’état du droit en 2025.


Question 1 : Les créations générées par IA sont-elles protégeables ?

La position du droit français

Le droit d’auteur français (et européen) est clair sur un point fondamental : seules les œuvres de l’esprit humain peuvent être protégées. L’article L. 111-1 du Code de la propriété intellectuelle précise que “l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre […] d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous” — et une IA n’est pas un auteur.

Conséquence directe : un texte, une image, une musique, ou un code généré entièrement par une IA sans contribution créative humaine significative tombe dans le domaine public dès sa création. Personne ne peut l’opposer à un tiers.

La nuance cruciale : la contribution humaine

La situation change quand une personne humaine apporte une contribution créative au processus :

Scénario 1 : L’utilisateur comme auteur Si une personne rédige un prompt très détaillé, effectue des itérations créatives, sélectionne des outputs, et les modifie — la jurisprudence tend à reconnaître une contribution créative humaine susceptible de protection.

Scénario 2 : Création mixte Un auteur humain qui utilise l’IA comme outil (comme d’autres utilisent Photoshop ou un traitement de texte) peut revendiquer ses droits sur l’œuvre finale, sous réserve que sa contribution créative soit substantielle.

Scénario 3 : Pure génération IA Un contenu entièrement généré par IA sans personnalisation ni sélection créative humaine : pas de protection.

La position aux États-Unis

Le U.S. Copyright Office a confirmé en 2023 et 2024 qu’il refusait d’enregistrer des œuvres générées par IA sans contribution humaine. Il a accordé une protection partielle à la bande dessinée Zarya of the Dawn — uniquement pour le texte (humain) et non pour les images (IA).


Question 2 : Votre entreprise peut-elle être responsable pour du contenu IA ?

Responsabilité pour contrefaçon

Si un outil IA génère du contenu qui reproduit substantiellement une œuvre protégée, l’utilisateur peut être tenu responsable — même s’il n’était pas conscient de la reproduction.

Cas concrets :

  • Un graphiste utilise Midjourney pour créer des visuels pour un client. Midjourney génère quelque chose qui ressemble fortement à l’œuvre d’un photographe. La responsabilité peut remonter jusqu’au graphiste et à son client.
  • Un développeur utilise GitHub Copilot pour générer du code. Copilot reproduit un fragment sous licence GPL sans l’indiquer. Le développeur intègre ce code dans un produit commercial — potentiellement en violation de la GPL.

Procès en cours (États-Unis, avec implications globales) :

  • Getty Images vs Stability AI (utilisation de photos pour entraîner SDXL)
  • New York Times vs OpenAI (reproduction d’articles dans GPT)
  • Concord Music vs Anthropic (paroles de chansons dans Claude)

Ces procès vont définir la jurisprudence mondiale. Pour l’instant, l’incertitude juridique reste élevée.

Responsabilité pour contenu fautif

Votre entreprise reste responsable du contenu qu’elle publie, même si ce contenu a été généré par IA :

  • Diffamation : un article IA qui fait de fausses accusations sur une personne engage la responsabilité de l’éditeur
  • Publicité mensongère : une description produit IA inexacte engage la responsabilité du vendeur
  • Informations médicales ou juridiques incorrectes : si votre chatbot donne de mauvais conseils de santé ou juridiques, vous êtes responsable

Mesure de protection : mettez en place des processus de validation humaine pour tout contenu IA publié, avec une documentation de la revue.


Question 3 : L’entraînement des LLMs est-il légal sur votre contenu ?

La fouille de textes et de données (TDM) en Europe

La directive européenne sur le droit d’auteur (2019) et sa transposition française (2021) ont créé une exception de Text and Data Mining (TDM) :

Exception générale : les entités de recherche et les organismes d’enseignement peuvent extraire et analyser des données accessibles licitement pour la recherche scientifique.

Exception commerciale : les entreprises commerciales peuvent aussi faire du TDM sur des données accessibles licitement, sauf si le titulaire des droits a expressément réservé ses droits (opt-out).

Conséquence : si votre site web ne comporte pas d’indication d’opt-out (ex: dans robots.txt ou CGU), les entreprises développant des LLMs peuvent légalement utiliser votre contenu pour entraîner leurs modèles sous le régime TDM.

Comment protéger votre contenu de l’entraînement IA

1. Clause dans les CGU/CGV Ajoutez une clause explicite : “L’utilisation de ce contenu pour l’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle, quelle que soit la forme, est expressément interdite.”

2. robots.txt Des directives comme User-agent: GPTBot; Disallow: / bloquent les crawlers d’OpenAI. D’autres crawlers : Claude-Web, Google-Extended, CCBot (Common Crawl).

Exemple de robots.txt restrictif :

# Block AI training crawlers
User-agent: GPTBot
Disallow: /

User-agent: Claude-Web
Disallow: /

User-agent: Google-Extended
Disallow: /

User-agent: CCBot
Disallow: /

3. Meta tag no-train Certains éditeurs proposent des balises meta HTML (encore non standardisées) pour indiquer le refus d’indexation pour l’entraînement IA.

Ce qui se passe en pratique

L’opt-out technique n’est pas toujours respecté. OpenAI a reconnu avoir utilisé du contenu de YouTube malgré les CGU de Google. Ces questions alimentent plusieurs contentieux en cours. La protection juridique (clause CGU) reste plus robuste que le blocage technique seul.


Question 4 : Les brevets et l’IA

L’inventeur ne peut pas être une IA

En France, en Europe et aux États-Unis, un brevet ne peut être délivré que si un être humain est désigné comme inventeur. L’affaire DABUS (2023) a consacré ce principe : l’EPO (Office Européen des Brevets) et les offices nationaux ont tous refusé des demandes de brevet où une IA était désignée comme seul inventeur.

Implication pratique : si votre équipe utilise l’IA pour concevoir une innovation brevetable, les ingénieurs humains qui ont dirigé le processus sont les inventeurs légaux. Documentez soigneusement la contribution humaine dans le processus d’invention.

La course aux brevets sur les technologies IA elles-mêmes

IBM, Microsoft, Google, et Huawei déposent des milliers de brevets IA par an. La propriété intellectuelle des techniques d’IA (architectures, méthodes d’entraînement, applications) est un champ de bataille stratégique.


Les bonnes pratiques pour les entreprises

1. Politique de contenu IA

Définissez clairement dans votre politique interne :

  • Quels types de contenu peuvent être générés par IA sans revue humaine
  • Quels types nécessitent une validation avant publication
  • Comment identifier et documenter la contribution humaine pour les œuvres mixtes

2. Due diligence sur les outils

Avant d’adopter un outil IA génératif, vérifiez :

  • Conditions d’utilisation : le fournisseur indemnise-t-il les clients en cas de réclamation de tiers pour contrefaçon ?
  • Microsoft Copilot et Adobe Firefly proposent des garanties d’indemnisation explicites — un argument fort pour ces outils en contexte professionnel.
  • OpenAI, Anthropic, et d’autres offrent des garanties plus limitées.

3. Watermarking et attribution

Pour les contenus importants générés avec l’aide de l’IA :

  • Mentionnez explicitement l’usage de l’IA dans la notice de l’œuvre
  • Documentez le prompt et le processus de création
  • Cette documentation peut servir à la fois à établir la contribution humaine et à se défendre en cas de litige

4. Contrats avec les créatifs et freelances

Si vous faites appel à des freelances ou créatifs qui utilisent l’IA, clarifiez contractuellement :

  • L’IA peut-elle être utilisée pour les livrables ?
  • Qui est responsable des violations de droits d’auteur éventuelles ?
  • Les livrables générés entièrement par IA sans contribution créative significative vous seront-ils opposables ?

Questions fréquentes

Peut-on protéger le design d’un logo généré par Midjourney ? Difficilement sous le droit d’auteur si la contribution humaine se limite à un prompt. En revanche, un logo peut être déposé comme marque (enregistrement INPI) — la protection de marque ne requiert pas d’originalité créative.

Un concurrent peut-il reproduire notre contenu IA sans violation ? Si le contenu n’est pas protégeable (génération IA pure sans contribution humaine substantielle), oui. C’est une raison supplémentaire de documenter la contribution humaine dans la création.

Le RGPD s’applique-t-il si notre IA génère des contenus mentionnant des personnes réelles ? Oui. Si un modèle IA génère du contenu incluant des données personnelles (même fictives mais identifiables), les règles RGPD s’appliquent. Soyez vigilants avec les systèmes qui génèrent du contenu personnalisé.


Conclusion

Le cadre juridique autour de l’IA et de la propriété intellectuelle est en construction active. Les procès en cours aux États-Unis et les travaux législatifs européens vont progressivement clarifier les règles. En attendant, la prudence commande de documenter les contributions humaines, de mettre en place des processus de validation, et de choisir des outils avec des garanties d’indemnisation claires.

BetterPeople intègre ces enjeux dans ses programmes de formation IA, pour que vos équipes utilisent les outils génératifs en connaissance des droits et responsabilités. Découvrez nos formations.

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